Une fleur de marbre blanc et vert a pris place, lundi, dans les jardins du si¨¨ge des Nations Unies, ¨¤ New York. Discret dans sa forme mais charg¨¦ de sens, ce m¨¦morial rend hommage aux plus de 8 000 hommes et gar?ons bosniaques musulmans ex¨¦cut¨¦s en juillet 1995 durant le g¨¦nocide de Srebrenica et rappelle l¡¯incapacit¨¦ de l¡¯organisation ¨¤ emp¨ºcher ce massacre.

Le ruban a ¨¦t¨¦ coup¨¦ par Munira Suba?i?, pr¨¦sidente de l¡¯association des m¨¨res de Srebrenica et de ?epa, en Bosnie-Herz¨¦govine, accompagn¨¦e de son petit-fils Karim, 12 ans. Durant le g¨¦nocide, Mme Suba?i? a perdu son fils, son mari et pr¨¨s de 70 membres de sa famille. Depuis trois d¨¦cennies, elle m¨¨ne un combat acharn¨¦ pour que les morts ne disparaissent pas une seconde fois, dans l¡¯oubli ou la d¨¦formation du pass¨¦.

? Nos enfants ont ¨¦t¨¦ assassin¨¦s simplement parce qu¡¯ils portaient un autre nom, parce qu¡¯on les appelait autrement, et parce qu¡¯ils ¨¦taient musulmans ?, a-t-elle rappel¨¦ devant une centaine de diplomates, de fonctionnaires et de familles de survivants. ? Cette fleur signifie que nous sommes toujours l¨¤, et que nous serons encore plus nombreuses ?.

La sculpture, compos¨¦e de onze p¨¦tales blancs entourant un bouton vert, renvoie au 11 juillet, d¨¦sormais Journ¨¦e internationale de r¨¦flexion et de comm¨¦moration du g¨¦nocide. Le blanc symbolise l¡¯innocence, le vert le linceul traditionnel musulman, mais aussi l¡¯id¨¦e, t¨¦nue, de renouveau.

Aux c?t¨¦s de Mme Suba?i?, son petit-fils Karim, venu sp¨¦cialement de Bosnie-Herz¨¦govine, illustrait cette continuit¨¦ g¨¦n¨¦rationnelle. ? Je suis fier d¡¯elle ?, confie l'adolescent de 12 ans ¨¤ propos de sa grand-m¨¨re. ??C¡¯est une source d¡¯inspiration. J¡¯esp¨¨re qu¡¯elle continuera ¨¤ se battre pour que personne ne vive jamais plus cela. ?. L¡¯adolescent explique ne presque jamais ¨¦voquer ces ¨¦v¨¦nements avec ses amis : ? C¡¯est trop triste??.

Lutter contre la falsification du pass¨¦

La c¨¦r¨¦monie d¡¯inauguration a r¨¦sonn¨¦ comme une r¨¦ponse cinglante ¨¤ la persistance de r¨¦cits r¨¦visionnistes concernant le massacre. ? La n¨¦gation est en elle-m¨ºme une attaque contre l¡¯humanit¨¦. Elle d¨¦forme l¡¯histoire, d¨¦shumanise les victimes et approfondit les divisions qui rendent possibles de futures atrocit¨¦s ?, a d¨¦clar¨¦ la Vice-Secr¨¦taire g¨¦n¨¦rale de l¡¯ONU, Amina Mohammed.

Chaloka Beyani,? conseiller sp¨¦cial du Secr¨¦taire g¨¦n¨¦ral pour la pr¨¦vention du g¨¦nocide, a salu¨¦ quant ¨¤ lui ? l¡¯acte d¡¯amour et de m¨¦moire ? men¨¦ par Mme Suba?i? et les milliers de m¨¨res qui refusent que les crimes de 1995 soient relativis¨¦s ou travestis.?

Un dialogue silencieux entre Srebrenica et Kigali

Offert par la Bosnie-Herz¨¦govine dans le cadre du programme de sensibilisation de l¡¯ONU sur le g¨¦nocide de Srebrenica, le m¨¦morial a ¨¦t¨¦ install¨¦ ¨¤ quelques m¨¨tres de la flamme?Kwibuka, d¨¦di¨¦e aux victimes du g¨¦nocide de 1994 contre les Tutsi au Rwanda. Deux trag¨¦dies, deux continents, et d¨¦sormais deux lieux de recueillement qui cohabitent dans un m¨ºme espace institutionnel.

? Les monuments d¨¦di¨¦s au g¨¦nocide commis au c?ur de l¡¯Europe et ¨¤ celui perp¨¦tr¨¦ au c?ur de l¡¯Afrique t¨¦moignent de la v¨¦rit¨¦, mais avertissent aussi l¡¯humanit¨¦ : ne plus jamais laisser un g¨¦nocide se reproduire ?, a rappel¨¦ Denis Be?irovi?, membre de la pr¨¦sidence de Bosnie-Herz¨¦govine.

Dans ce jardin o¨´ se c?toient d¨¦sormais m¨¦moire europ¨¦enne et m¨¦moire africaine, la fleur de Srebrenica s¡¯inscrit comme un rappel constant : l¡¯oubli n¡¯est pas une option, et la responsabilit¨¦ internationale, m¨ºme d¨¦faillante hier, oblige encore aujourd¡¯hui.

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