? mon avis, il n'est pas r¨¦aliste de croire que tous les pays r¨¦aliseront les huit Objectifs du Mill¨¦naire pour le d¨¦veloppement (OMD) d'ici ¨¤ 2015, l'ann¨¦e butoir. En outre, l'am¨¦lioration de certains OMD peut nuire ¨¤ d'autres.
L'objectif que j'ai choisi est le premier OMD, ¨¦radiquer l'extr¨ºme pauvret¨¦, la faim et ses trois cibles : r¨¦duire de moiti¨¦ la proportion de personnes dont le revenu est inf¨¦rieur ¨¤ un dollar par jour; assurer un emploi ¨¤ plein temps et productif, ainsi qu'un travail d¨¦cent ¨¤ tous, y compris aux femmes et aux jeunes; et, d'ici ¨¤ 2015, r¨¦duire de moiti¨¦ la proportion de la population qui souffre de la faim.
Qu'est-ce que l'extr¨ºme pauvret¨¦ et la faim ? Ces termes rev¨ºtent un sens diff¨¦rent selon les conditions de vie et les pays. ?tablir un dollar US comme marqueur de la pauvret¨¦ peut ¨ºtre probl¨¦matique dans certaines ¨¦conomies. En Inde, par exemple, 1 dollar ¨¦quivaut ¨¤ 44 roupies. Lorsque le prix du sucre augmente pour atteindre jusqu'¨¤ 50 ¨¤ 60 roupies le kilo, que peut-on acheter pour 44 roupies ? Il est clair que la fixation d'un dollar est probl¨¦matique car le taux de change varie et ce qu'une famille pouvait acheter pour un repas de base il y a dix ans ne pourrait probablement pas suffire ¨¤ acheter un kilo de farine aujourd'hui.
Dans son ouvrage intitul¨¦ Introduction to the Sociology of Development1, Andrew Webster disait que ? la pauvret¨¦ est un terme relatif, un ¨¦tat qui peut seulement ¨ºtre d¨¦fini en comparant la situation d'un groupe de personnes ou d'une ¨¦conomie enti¨¨re avec un autre ?. Il expliquait que la d¨¦finition de la pauvret¨¦ posait probl¨¨me ? car les mesures qu'on utilise pour comparer les populations d¨¦pendront de diverses hypoth¨¨ses sur les niveaux de vie ad¨¦quats dont certains jouissent et d'autres pas ?.
Le sociologue Oscar Lewis a pos¨¦ comme postulat la th¨¦orie de la culture de la pauvret¨¦ dans son ouvrage du m¨ºme nom. Selon lui, le style de vie des pauvres ¨¦tait diff¨¦rent des autres membres de la soci¨¦t¨¦ et il existait une culture de la pauvret¨¦ avec ses propres normes et valeurs2. Selon sa th¨¦orie, la pauvret¨¦ n'est pas seulement un ph¨¦nom¨¨ne social ou ¨¦conomique, mais aussi un ph¨¦nom¨¨ne psychologique. La pauvret¨¦ et la faim vont de pair; cependant, on ne peut pas ¨¦tablir le seuil de pauvret¨¦ qu'en fonction des co?ts alimentaires. Et les d¨¦penses en ¨¦lectricit¨¦, en eau, en sant¨¦ et m¨ºme les frais scolaires ? Vu le nombre de facteurs en jeu, comment pouvons-nous trouver une d¨¦finition universelle de l'extr¨ºme pauvret¨¦ et de la faim et r¨¦aliser l'OMD ?
En 1996, le gouvernement jama?cain a institu¨¦ au plan national une politique et un programme d'¨¦radication de la pauvret¨¦ (NPEEP). Selon le Rapport national de la Jama?que de 2009 sur les Objectifs du Mill¨¦naire pour le d¨¦veloppement, le NPEEP pr¨¦voyait ? l'¨¦lectrification rurale, la mise en place d'un fonds d'investissement social qui a beaucoup aid¨¦ les institutions de la petite enfance, des services sociaux, des projets d'approvisionnement en eau et d'assainissement, des routes d'acc¨¨s rurales ainsi que des infrastructures de centre-ville3 ?. En 2002, le gouvernement jama?cain a ¨¦galement mis en place le Programme en faveur du progr¨¨s par la sant¨¦ et l'¨¦ducation (PATH). ? Si les principaux b¨¦n¨¦ficiaires du Programme sont les enfants, les personnes ?g¨¦es, les adultes d¨¦munis, les personnes handicap¨¦es, les femmes enceintes ou qui allaitent en b¨¦n¨¦ficient aussi4. ?
Ces efforts auraient pu ¨ºtre l'¨¦l¨¦ment moteur de la r¨¦alisation de l'OMD 1, ou c'est ce qui est ¨¦crit. Selon le Rapport 2009, la Jama?que a atteint deux cibles de l'OMD 1 : r¨¦duire de moiti¨¦ la proportion de personnes dont le revenu est inf¨¦rieur ¨¤ un dollar par jour entre 1990 et 2015; et, d'ici ¨¤ 2015, r¨¦duire de moiti¨¦ la proportion de la population qui souffre de la faim. En 1990, 28,4 % des Jama?cains vivaient au-dessous du seuil de pauvret¨¦ contre 9,9 % en 2007. La proportion de personnes ayant une ration alimentaire inf¨¦rieure au seuil minimum est pass¨¦e de 8,3 % en 1990 ¨¤ 2,9 % en 2007. Le rapport indiquait toutefois que la r¨¦alisation de l'OMD 1 ¨¦tait ? subordonn¨¦e aux chocs ext¨¦rieurs et ne sera probablement pas durable en raison de la r¨¦cession mondiale5. ?
Je consid¨¨re que la r¨¦alisation de l'OMD 1 va au-del¨¤ des statistiques consign¨¦es sur le papier. Le d¨¦veloppement n'est pas qu'une affaire de chiffres, mais de personnes. Pour atteindre les OMD, il faut que les pays les adaptent selon les conditions qui leur sont propres. Les Nations Unies doivent tracer les grandes lignes des programmes, et il revient aux dirigeants des pays de les adapter ¨¤ la situation locale afin de r¨¦aliser les OMD, y compris le premier, en leurs termes. Un rapport statistique ne montre pas les progr¨¨s dans le d¨¦veloppement et peut ¨ºtre trompeur. Ce qui est important, c'est ce qui n'est pas ¨¦crit.
Notes
1 A. Webster, Introduction to the Sociology of Development (2002), 16.
2 O. Lewis, Culture of Poverty. (Holborn & Langley, 2006), 50.
3 Rapport national de la Jama?que sur les Objectifs du Mill¨¦naire pour le d¨¦veloppement (2009) 12.
4 ibid.
5 ibid
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