19 mai 2016

En 2015, la crise mondiale li¨¦e aux r¨¦fugi¨¦s a atteint l¡¯Europe. Plus d¡¯un million de r¨¦fugi¨¦s et de migrants ont d¨¦barqu¨¦ sur ses c?tes m¨¦ridionales, la plupart venant de pays d¨¦chir¨¦s par la guerre comme l¡¯Afghanistan, l¡¯Iraq et la Syrie. La tendance s¡¯est maintenue en 2016, avec plus de 171 000 arriv¨¦es au cours des trois premiers mois. Ceci n¡¯est, n¨¦anmoins, que la partie visible de l¡¯iceberg. Dans le monde entier, plus de 60 millions de personnes ont ¨¦t¨¦ d¨¦plac¨¦es par la guerre, les pers¨¦cutions ou les violations des droits de l¡¯homme. Quelque 86 % vivent dans des pays en d¨¦veloppement, principalement ceux voisins des zones de conflit.

Avec 4,8 millions de r¨¦fugi¨¦s dans la r¨¦gion et au moins 6,6 millions de personnes d¨¦plac¨¦es dans leur propre pays, la guerre en Syrie demeure aujourd¡¯hui le principal facteur de d¨¦placement. Pr¨¨s de la moiti¨¦ des personnes arrivant en Europe sont des Syriens.

Si le conflit syrien constitue la plus grande crise humanitaire dans le monde, il n¡¯est pas le seul. Au cours des derni¨¨res ann¨¦es, des violences ont ¨¦clat¨¦ ou ont repris au Burundi, en Iraq, au Myanmar, au nord-est du Nig¨¦ria, en R¨¦publique centrafricaine, au Soudan du Sud, en Ukraine et au Y¨¦men, for?ant des millions de personnes ¨¤ fuir leur foyer. Des milliers ont fui El Salvador, le Guatemala et le Honduras ¨¤ cause de la violence dont les pics?n¡¯ont jamais ¨¦t¨¦ aussi ¨¦lev¨¦s depuis les terribles guerres civiles qui ont ¨¦clat¨¦ en Am¨¦rique centrale durant les ann¨¦es 1980. En m¨ºme temps, certains des conflits prolong¨¦s et oubli¨¦s ne sont toujours pas r¨¦gl¨¦s, laissant de nombreuses populations d¨¦plac¨¦es, souvent pendant?des g¨¦n¨¦rations. Pr¨¨s d¡¯un million de Somaliens et quelque 2,5 millions d¡¯Afghans connaissent une situation identique.

Les besoins humanitaires ont augment¨¦ de mani¨¨re exponentielle au cours des 15 derni¨¨res ann¨¦es. On estime que 125 millions de personnes ont besoin d¡¯une aide humanitaire ¨¤ cause de la guerre et de catastrophes naturelles, ce qui repr¨¦sente un co?t annuel de 25 milliards de dollars, soit 12 fois plus qu¡¯il y a 15 ans. Alors que le financement de l¡¯action humanitaire a consid¨¦rablement augment¨¦ au cours des ann¨¦es, les besoins d¨¦passent largement les moyens.

Devant le nombre croissant de personnes ayant besoin d¡¯une aide alimentaire et la nette augmentation des besoins financiers, le Secr¨¦taire g¨¦n¨¦ral des Nations Unies Ban Ki-moon a annonc¨¦ en 2012 ?l¡¯organisation d¡¯un Sommet mondial sur l¡¯action humanitaire afin de promouvoir un leadership fort pour pr¨¦venir les conflits, les r¨¦gler et r¨¦duire les souffrances.?Aujourd¡¯hui, alors que nous nous approchons du Sommet, la situation s¡¯est encore d¨¦t¨¦rior¨¦e et est devenue ing¨¦rable pour les organisations humanitaires comme le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les r¨¦fugi¨¦s (HCR). Non seulement nous sommes appel¨¦s ¨¤ fournir une assistance alimentaire d¡¯urgence imm¨¦diate dans un nombre croissant de situations d¡¯urgence, mais nous continuons de fournir de nombreux services de base aux personnes qui sont bloqu¨¦es dans les camps de r¨¦fugi¨¦s pendant des ann¨¦es ou m¨ºme des d¨¦cennies.

Afin de mettre fin aux d¨¦placements forc¨¦s, il faut instaurer la paix et la r¨¦conciliation en Afghanistan, en Colombie, au Soudan du Sud, en Syrie ainsi que dans de nombreux autres pays. Les n¨¦gociations complexes pouvant parfois prendre des ann¨¦es, nous devons cependant prendre des mesures imm¨¦diates pout att¨¦nuer les souffrances de millions de personnes. Le Sommet mondial sur l¡¯action humanitaire, qui se tiendra ¨¤ Istanbul en mai 2016, est un ¨¦v¨¦nement essentiel qui vise ¨¤ d¨¦finir et ¨¤ mettre en ?uvre des moyens nouveaux et efficaces pour fournir une protection, une aide et des solutions ¨¤ ceux qui sont le plus dans le besoin.

Pour le HCR, le Sommet est une occasion unique de placer les d¨¦placements forc¨¦s parmi les priorit¨¦s internationales. Le Secr¨¦taire g¨¦n¨¦ral a lanc¨¦ un appel aux dirigeants politiques pour qu¡¯ils s¡¯engagent ¨¤ pr¨¦venir les conflits, ¨¤ les r¨¦gler et ¨¤ mener les actions qui s¡¯imposent afin de limiter le nombre de d¨¦placements forc¨¦s.?Si l¡¯aide humanitaire permet d¡¯att¨¦nuer les souffrances de ceux qui sont forc¨¦s de fuir la guerre, elle ne peut jamais remplacer les processus politiques destin¨¦s ¨¤ cibler les causes de conflits ni ¨¤ cr¨¦er les conditions n¨¦cessaires ¨¤ une paix durable et ¨¤ la stabilit¨¦.

La discrimination, l¡¯exclusion, la corruption, l¡¯absence de gouvernance, l¡¯impunit¨¦, la pauvret¨¦ end¨¦mique et le manque d¡¯opportunit¨¦s sont les causes principales des conflits. Ceux-ci sont aussi aggrav¨¦s par les effets du changement climatique et la concurrence croissante pour l¡¯acc¨¨s ¨¤ des ressources toujours plus rares. Le Sommet mondial sur l¡¯action humanitaire offre aux dirigeants mondiaux, aux organisations humanitaires et de d¨¦veloppement ainsi qu¡¯aux populations touch¨¦es l¡¯occasion de mobiliser la volont¨¦ politique et de s¡¯engager ¨¤ mettre fin aux conflits qui forcent des millions de personnes ¨¤ s¡¯exiler.

Les guerres, cependant, continuent de surgir ici et l¨¤. Le droit humanitaire international et la l¨¦gislation relative aux droits de l¡¯homme, y compris le droit des r¨¦fugi¨¦s, sont les principaux instruments dont nous disposons pour limiter les effets des conflits arm¨¦s, att¨¦nuer les souffrances et prot¨¦ger les civils. Le droit de demander l¡¯asile est reconnu dans la D¨¦claration universelle des droits de l¡¯homme tandis que les droits et les responsabilit¨¦s des r¨¦fugi¨¦s et des ?tats contractants sont ¨¦nonc¨¦s dans la Convention des Nations Unies de 1951 relative au statut de r¨¦fugi¨¦s ainsi que dans son Protocole de 1967. Les personnes qui fuient la guerre et les pers¨¦cutions dans leur pays ont le droit de se r¨¦clamer de la protection d¡¯un autre ?tat. Ce droit et la protection contre le refoulement ou le retour forc¨¦ vers un territoire o¨´ leur vie ou leur libert¨¦ est menac¨¦e figurent parmi les obligations les plus importantes contract¨¦es en vertu du droit international et ont permis de sauver des millions de vie.

Le concept de ? r¨¦fugi¨¦ ? ainsi que la th¨¦orie et la pratique de la protection internationale des r¨¦fugi¨¦s continuent donc d¡¯¨ºtre des ¨¦l¨¦ments essentiels. Les personnes qui fuient la violence et les pers¨¦cutions dans leur pays sont reconnues comme des r¨¦fugi¨¦s, pr¨¦cis¨¦ment parce que retourner dans leur pays est trop dangereux. Certains font valoir que nous devrions centrer nos efforts sur la vuln¨¦rabilit¨¦ et les besoins lors de nos interventions humanitaires. Certes, c¡¯est important. Mais pour les r¨¦fugi¨¦s, l¡¯absence d¡¯un tel statut juridique est pr¨¦cis¨¦ment ce qui les rend vuln¨¦rables.

Le Programme de d¨¦veloppement durable ¨¤ l¡¯horizon de 2030 vise ¨¤ ne laisser ? personne de c?t¨¦ ?. Le Secr¨¦taire g¨¦n¨¦ral a estim¨¦, ¨¤ juste titre, qu¡¯il ¨¦tait essentiel de s¡¯attaquer ¨¤ la question des d¨¦placements forc¨¦s et de mettre fin ¨¤ l¡¯apatridie afin de r¨¦aliser les objectifs de d¨¦veloppement durables et d¡¯att¨¦nuer les souffrances de millions de personnes. Le HCR soutient pleinement les mesures requises, comme l¡¯adoption de politiques qui incluent les r¨¦fugi¨¦s et les personnes d¨¦plac¨¦es dans leur propre pays dans l¡¯action internationale pour le d¨¦veloppement et les services sociaux nationaux.

Une autre question importante devant ¨ºtre abord¨¦e lors du Sommet est la question de savoir comment am¨¦liorer les synergies entre l¡¯aide humanitaire et le d¨¦veloppement. Dans les situations d¡¯urgence, une action humanitaire rapide est essentielle pour sauver des vies. Mais lorsque les personnes sont d¨¦plac¨¦es pendant des ann¨¦es, d¨¦pendantes d¡¯une aide qui diminue de plus en plus alors que le conflit qui les a contraintes ¨¤ fuir ne fait plus la une des m¨¦dias, les organisations de d¨¦veloppement peuvent apporter des contributions vitales. La participation de ces organisations dans les interventions humanitaires d¨¨s le d¨¦but d¡¯une crise, la restructuration du budget de l¡¯aide humanitaire pour mieux refl¨¦ter les nouvelles r¨¦alit¨¦s et la cr¨¦ation de m¨¦canismes financiers plus efficaces pour faire face aux d¨¦placements forc¨¦s peuvent aider ¨¤ combler le foss¨¦ artificiel qui existe entre l¡¯humanitaire et le d¨¦veloppement et assurer l¡¯inclusion des zones accueillant des r¨¦fugi¨¦s dans les programmes de d¨¦veloppement internationaux et nationaux.

Lorsque les r¨¦fugi¨¦s et les personnes d¨¦plac¨¦es dans leur propre pays ne peuvent pas circuler librement ou n¡¯ont pas acc¨¨s au march¨¦ du travail, lorsque ni eux ni leurs enfants n¡¯ont acc¨¨s ¨¤ une ¨¦ducation de qualit¨¦ et ¨¤ des possibilit¨¦s de formation, la d¨¦pendance ¨¤ l¡¯¨¦gard de l¡¯aide et le cycle de la pauvret¨¦ se poursuivront au cours des prochaines g¨¦n¨¦rations.

L¡¯une des priorit¨¦s de mon Bureau est de changer cela. Nous avons fait appel ¨¤ l¡¯expertise des donateurs, des organisations de d¨¦veloppement et du secteur priv¨¦. Ensemble, les capacit¨¦s analytiques, techniques et financi¨¨res des acteurs du d¨¦veloppement ainsi que la forte pr¨¦sence des organisations humanitaires qui ont une connaissance approfondie de la situation locale et des populations touch¨¦es ont ¨¦t¨¦ indispensables. Au Burkina Faso, en ?thiopie, au Kenya et au Tchad par exemple, la participation des r¨¦fugi¨¦s ¨¤ l¡¯¨¦conomie locale et l¡¯inclusion du produit de leur travail dans les cha?nes de valeur r¨¦gionales, nationales et mondiales ont eu des effets positifs sur les r¨¦fugi¨¦s et sur les communaut¨¦s d¡¯accueil.

En m¨ºme temps, nous devons travailler avec les institutions, les organisations et les partenaires nationaux et renforcer leurs capacit¨¦s. Prestataires de premier recours pendant la phase initiale d¡¯une ?situation d¡¯urgence, ils accueillent souvent les r¨¦fugi¨¦s, partageant leurs ressources, bien avant l¡¯arriv¨¦e des organisations humanitaires. Leur expertise et leur pr¨¦sence locales, ainsi que les relations avec la communaut¨¦, sont cruciales. ? l¡¯heure actuelle, deux tiers des partenaires du HCR sont des organisations non gouvernementales nationales. Nous investissons dans la formation afin de d¨¦velopper les moyens d¡¯¨¦laboration de leurs programmes, de renforcer leur capacit¨¦ de gestion et de mobilisation de fonds ainsi que de les aider ¨¤ faire face aux situations d¡¯urgence.?

Le rapport pr¨¦sent¨¦ en janvier 2016 par le Groupe de haut niveau sur le financement de l¡¯action humanitaire Trop important pour ¨¦chouer ¨C R¨¦pondre au d¨¦ficit du financement humanitaire repr¨¦sente une contribution importante au Sommet mondial sur l¡¯action humanitaire. Nous soutenons fermement ses conclusions et ses recommandations. Lorsque les normes de base ne sont pas respect¨¦es dans des domaines comme la nourriture, l¡¯eau, les abris, l¡¯¨¦ducation ou la sant¨¦, nous savons que les gens souffrent de la faim, n¡¯ont pas assez d¡¯eau potable et n¡¯ont pas de toit. C¡¯est une lacune r¨¦elle.

Des fonds suppl¨¦mentaires sont effectivement n¨¦cessaires pour r¨¦pondre aux besoins humanitaires croissants. Mais il ne s¡¯agit pas seulement d¡¯une question d¡¯argent. Un mode de financement plus souple, y compris des contributions qui ne sont pas li¨¦es seulement ¨¤ une situation ou ¨¤ un projet humanitaire donn¨¦, est ¨¦galement n¨¦cessaire pour que nous puissions continuer ¨¤ fournir une aide aux r¨¦fugi¨¦s dans les situations de crise oubli¨¦es et donc sous-financ¨¦es.

Pour sa part, le HCR s¡¯engage ¨¤ faire preuve d¡¯une plus grande transparence et d¡¯une efficacit¨¦ accrue, ¨¤ r¨¦duire les lourdeurs administratives, ¨¤ mettre en place un plus grand nombre de plates-formes communes et ¨¤ structurer les co?ts. Nous avons convenu de r¨¦duire les maillons de la cha?ne humanitaire?et de renforcer notre relation avec les partenaires nationaux. Nous nous sommes aussi engag¨¦s ¨¤ accro?tre l¡¯aide en esp¨¨ces lorsque cela est possible, la rendant plus efficace en am¨¦liorant la coordination entre les prestataires et en facilitant les accords communs.

Le Sommet mondial sur l¡¯action humanitaire est une ¨¦tape importante vers la mise en place d¡¯un syst¨¨me humanitaire v¨¦ritablement universel et responsable qui met la protection des personnes touch¨¦es au c?ur de l¡¯intervention humanitaire. Il r¨¦unira les dirigeants du monde entier et diverses parties prenantes dans un effort visant ¨¤ traduire les responsabilit¨¦s formul¨¦es par le Secr¨¦taire g¨¦n¨¦ral en des recommandations concr¨¨tes et des activit¨¦s de suivi. Les engagements exprim¨¦s doivent d¨¦boucher sur une action concr¨¨te et am¨¦liorer fondamentalement le fonctionnement du syst¨¨me humanitaire mondial. La protection, les aspirations et la participation des personnes qui ont besoin de l¡¯aide humanitaire devraient ¨ºtre son principal objectif. Il est de notre devoir de r¨¦aliser cet objectif. C¡¯est ¨¤ ces personnes que nous avons des comptes ¨¤ rendre.

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