Alors que s'ouvre ¨¤ Bel¨¦m, au Br¨¦sil, la trenti¨¨me Conf¨¦rence des Parties ¨¤ la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (COP 30) voit la confiance redevenir le facteur d¨¦terminant de l'action multilat¨¦rale. Qu'il s'agisse du climat, de la biodiversit¨¦ ou des grands fonds marins, la confiance du public dans la mani¨¨re dont les institutions mondiales prennent leurs d¨¦cisions est devenue aussi importante que les d¨¦cisions elles-m¨ºmes.
Cette tension est particuli¨¨rement manifeste au sein de l'Autorit¨¦ internationale des fonds marins, l'organisme des Nations Unies charg¨¦ de r¨¦glementer les activit¨¦s mini¨¨res dans les eaux internationales. Alors que la communaut¨¦ internationale d¨¦bat de la mani¨¨re de concilier la demande en min¨¦raux critiques et la protection des ¨¦cosyst¨¨mes marins, l'Autorit¨¦ internationale des fonds marins est confront¨¦e ¨¤ une profonde remise en question de sa l¨¦gitimit¨¦.
Depuis trente ans, l¡¯Autorit¨¦ est charg¨¦e de promouvoir et de r¨¦glementer l¡¯exploitation mini¨¨re des fonds marins en vertu de . Ce double r?le, con?u ¨¤ une autre ¨¦poque, est devenu de plus en plus difficile ¨¤ concilier. Les appels ¨¤ la transparence, ¨¤ une science ind¨¦pendante et ¨¤ la participation du public se font de plus en plus pressants, tandis que les gouvernements n¨¦gocient un code d'exploitation mini¨¨re qui fa?onnera l¡¯avenir des grands fonds marins.
Pourtant, la le?on ¨¤ tirer d¨¦passe le cadre des fonds marins. Au sein du syst¨¨me des Nations Unies, la l¨¦gitimit¨¦ repose aujourd'hui moins sur le mandat que sur le processus ¨C sur l'ouverture, l'inclusion et la rigueur des institutions. Les r¨¦formes actuellement d¨¦battues au sein de l'Autorit¨¦ internationale des fonds marins offrent des perspectives applicables ¨¤ tous les domaines multilat¨¦raux, y compris la diplomatie climatique.
Trois principes ressortent.
1. La transparence comme fondement de la l¨¦gitimit¨¦.
La transparence n'est pas une menace pour la diplomatie ; elle en est le fondement moderne. L'acc¨¨s du public aux donn¨¦es environnementales, la retransmission en direct des d¨¦lib¨¦rations et la publication ouverte des ¨¦valuations scientifiques renforcent la confiance dans le processus d¨¦cisionnel. La confiance se d¨¦veloppe lorsque le public peut constater comment les donn¨¦es probantes ¨¦clairent les politiques publiques.

2. La science ind¨¦pendante comme garantie d'¨¦quit¨¦.
Les d¨¦cisions qui affectent les ¨¦cosyst¨¨mes ¨¤ l'¨¦chelle continentale doivent s¡¯appuyer sur des donn¨¦es scientifiques ind¨¦pendantes de toute influence politique ou commerciale. La mise en place de comit¨¦s d¡¯¨¦valuation ind¨¦pendants ¨C semblables ¨¤ ceux du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'¨¦volution du climat ¨C pourrait contribuer ¨¤ garantir que les donn¨¦es probantes sur lesquelles reposent ces d¨¦cisions soient cr¨¦dibles, ¨¦valu¨¦es par les pairs et accessibles au public.
3. La participation inclusive comme mesure d'¨¦quit¨¦.
Les grands fonds marins font partie du patrimoine commun de l'humanit¨¦. Leur gouvernance doit refl¨¦ter cette diversit¨¦. Renforcer le r?le de la soci¨¦t¨¦ civile, des petits ?tats insulaires en d¨¦veloppement et des jeunes scientifiques dans les processus de l'Autorit¨¦ internationale des fonds marins permettrait de garantir que les d¨¦cisions ne soient pas dict¨¦es uniquement par les acteurs industriels, mais par une conception plus large de la gestion collective.
La mise en ?uvre de ces principes renforcerait non seulement l¡¯efficacit¨¦ de l¡¯Autorit¨¦ internationale des fonds marins, mais elle d¨¦montrerait ¨¦galement que les institutions internationales peuvent ¨¦voluer pour r¨¦pondre aux nouvelles exigences ¨¦thiques et ¨¦cologiques. Les grands fonds marins sont souvent d¨¦crits comme la derni¨¨re fronti¨¨re de la Terre, mais ils sont aussi un miroir : la mani¨¨re dont nous les gouvernons refl¨¨te le s¨¦rieux avec lequel nous prenons nos responsabilit¨¦s communes en vertu de la Charte des Nations Unies.

Alors que la COP 30 vise ¨¤ r¨¦tablir la confiance dans l'action climatique multilat¨¦rale, l'oc¨¦an repr¨¦sente ¨¤ la fois un d¨¦fi et une opportunit¨¦. En appliquant les m¨ºmes principes de transparence, d'ind¨¦pendance et d'inclusion ¨¤ la gouvernance des fonds marins ¨C et au processus climatique lui-m¨ºme ¨C la communaut¨¦ internationale peut d¨¦montrer que les biens collectifs mondiaux peuvent ¨ºtre g¨¦r¨¦s de mani¨¨re responsable au b¨¦n¨¦fice de toutes les nations, pr¨¦sentes et futures.
Restaurer la confiance dans la gouvernance n'est pas une question de symbolisme ; c'est une condition du progr¨¨s. De Kingston ¨¤ Bel¨¦m, le message est le m¨ºme : la l¨¦gitimit¨¦ commence par la transparence, et la r¨¦forme n'est pas un retard, mais le seul chemin vers la cr¨¦dibilit¨¦.
Note
Ces r¨¦flexions s¡¯appuient sur des id¨¦es initialement pr¨¦sent¨¦es dans un article de d¡¯octobre 2025 sur la r¨¦forme de l¡¯Autorit¨¦ internationale des fonds marins, qui examinait comment la transparence, l¡¯ind¨¦pendance scientifique et la responsabilit¨¦ peuvent contribuer ¨¤ r¨¦tablir la confiance dans la gouvernance mondiale :
Carlos Garc¨ªa-Soto, ? La confiance dans l¡¯autorit¨¦ mini¨¨re des fonds marins est fragile ¨C voici comment la changer ?, Nature World View, vol. 646, n¡ã 8083 (2 octobre 2025), p. 9.
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