23 juillet 2015 ¨C La production vivri¨¨re de la Syrie s’est am¨¦lior¨¦e cette ann¨¦e essentiellement gr?ce aux bonnes pluies, mais elle demeure toutefois largement inf¨¦rieure ¨¤ ses niveaux d’avant la crise, alors que les conflits continuent ¨¤ pr¨¦cipiter de plus en plus d’individus dans la faim et la pauvret¨¦, selon un rapport publi¨¦ jeudi par les Nations Unies.
La production de bl¨¦ de 2015 devrait ¨ºtre meilleure que la moisson de 2014 qui avait ¨¦t¨¦ victime de la s¨¦cheresse, sans n¨¦anmoins porter ¨¤ une am¨¦lioration sensible de la situation g¨¦n¨¦rale de la s¨¦curit¨¦ alimentaire des m¨¦nages, pr¨¦cise ce rapport de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture () et du Programme alimentaire mondial ().
Au total, environ 9,8 millions de personnes en Syrie souffrent d’ins¨¦curit¨¦ alimentaire, dont 6,8 millions ¨¤ un niveau grave, n¨¦cessitant une aide alimentaire ext¨¦rieure. Rien que depuis janvier, plus d’un demi-million de personnes ont ¨¦t¨¦ d¨¦plac¨¦es.
Le conflit continue ¨¤ perturber s¨¦rieusement les activit¨¦s agricoles et les march¨¦s, selon le rapport.
? Si la r¨¦colte actuelle est meilleure que pr¨¦vu gr?ce aux pr¨¦cipitations, le secteur agricole du pays est an¨¦anti par le conflit. Une aide d’urgence des donateurs est n¨¦cessaire pour veiller ¨¤ ce que les agriculteurs puissent affronter la prochaine campagne de semis de c¨¦r¨¦ales qui d¨¦marrera en octobre ?, a d¨¦clar¨¦ le Directeur de la Division FAO des op¨¦rations d’urgence et de la r¨¦habilitation, Dominique Burgeon.
La production agricole continue d’¨ºtre entrav¨¦e par les p¨¦nuries de carburant, de main-d’?uvre et d’intrants agricoles, et notamment de semences et d’engrais; les co?ts ¨¦lev¨¦s des intrants et la qualit¨¦ douteuse; et les d¨¦g?ts aux p¨¦rim¨¨tres d’irrigation et au mat¨¦riel agricole ¨C autant de facteurs qui ne font qu’aggraver la situation d’ins¨¦curit¨¦ alimentaire du pays.
? Une chose est claire : pr¨¨s de cinq ans de conflit ont d¨¦truit l’¨¦conomie syrienne et la capacit¨¦ des habitants d’acheter des denr¨¦es de premi¨¨re n¨¦cessit¨¦ pour leur survie ?, a expliqu¨¦ l’Economiste en chef au PAM, Arif Husain. ? Nous nous pr¨¦occupons des d¨¦placements de populations incessants et de leur impact en particulier sur les femmes et les enfants. Le risque de dommages irr¨¦versibles aux enfants est r¨¦el, avec des cons¨¦quences futures dramatiques si ce conflit se prolonge dans le temps ?.
? Nous exhortons la communaut¨¦ internationale ¨¤ continuer ¨¤ soutenir les op¨¦rations de secours qui sont vitales en attendant qu’une solution de paix puisse ¨ºtre trouv¨¦e ?, a-t-il ajout¨¦.
Estim¨¦e ¨¤ 2,445 millions de tonnes, la production de bl¨¦ de 2015 devrait ¨ºtre sup¨¦rieure ¨¤ la tr¨¨s mauvaise r¨¦colte de 2014 et l¨¦g¨¨rement meilleure que celle de 2013, tout en demeurant inf¨¦rieure de 40% aux niveaux d’avant le conflit. Il manque au pays environ 800.000 tonnes pour satisfaire ses besoins annuels de bl¨¦ de pr¨¨s de 5 millions de tonnes, affirme le rapport.
Les emblavures ont ¨¦t¨¦ frein¨¦es par la situation d’ins¨¦curit¨¦ et les superficies de bl¨¦ r¨¦colt¨¦es seraient les plus petites depuis les ann¨¦es 1960, fait remarquer le rapport conjoint.
La production animale est ¨¦galement gravement touch¨¦e par le conflit. Contribuant autrefois pour une part essentielle ¨¤ l’¨¦conomie syrienne et ¨¤ son commerce ext¨¦rieur, le secteur a subi des r¨¦ductions de 30% du cheptel bovin et de 40% des ovins et des caprins, tandis que la volaille, g¨¦n¨¦ralement la source de prot¨¦ines la plus abordable, a chut¨¦ de 50%. Le rapport souligne en outre que les services v¨¦t¨¦rinaires du pays seront rapidement ¨¤ court de vaccins et de m¨¦dicaments courants.
Apr¨¨s ¨ºtre rest¨¦ relativement stables en 2014, les prix alimentaires ont commenc¨¦ ¨¤ grimper brusquement d¨¦but 2015, compte tenu de la baisse des subventions du gouvernement et de la d¨¦pr¨¦ciation de la monnaie. Le prix du pain s’est litt¨¦ralement envol¨¦ durant la derni¨¨re ann¨¦e, la hausse pouvant atteindre 87% dans les boulangeries publiques.
La part des d¨¦penses des m¨¦nages consacr¨¦e ¨¤ l’alimentation n’a cess¨¦ d’augmenter depuis le d¨¦but de la crise, au d¨¦triment d’autres besoins essentiels. Les familles d¨¦pensent plus de la moiti¨¦ de leurs revenus pour se nourrir, et parfois davantage dans des villes comme Sweida, Alep et Hama. Elle atteint pr¨¨s de 80% ¨¤ Dara’a, une des zones frapp¨¦es par les conflits les plus intenses.
Une majorit¨¦ de personnes aurait une alimentation ??mauvaise?? ou ??limite??. La diversit¨¦ nutritionnelle est l¨¦g¨¨rement meilleure dans les gouvernorats du nord-ouest d’Idlib, Tartous et Lattakia, o¨´ les m¨¦nages semblent avoir acc¨¨s ¨¤ des prot¨¦ines de qualit¨¦, riches en vitamines et ¨¤ des l¨¦gumes. Ce sont les gouvernorats de Deir Ezzor, Hassakeh, Alep et Hama qui affichent les pires indicateurs de consommation alimentaire.
Les producteurs, transporteurs et n¨¦gociants syriens sont confront¨¦s ¨¤ des co?ts de transaction extr¨ºmement ¨¦lev¨¦s et ¨¤ des risques li¨¦s ¨¤ l’aggravation de l’ins¨¦curit¨¦ sur les grandes art¨¨res. Ainsi, de multiples goulets d’¨¦tranglement entravent les mouvements de denr¨¦es agricoles des zones de production vers les principaux march¨¦s, ce qui porte ¨¤ un gaspillage de fruits et l¨¦gumes et entrave les transferts d’exc¨¦dents de bl¨¦ du nord-est vers les zones d¨¦ficitaires de l’ouest du pays.
Tandis que la fin du conflit demeure la seule condition en mesure de garantir aux Syriens un acc¨¨s ad¨¦quat ¨¤ la nourriture, le rapport FAO-PAM ¨¦met une s¨¦rie de recommandations dans le but d’am¨¦liorer la situation actuelle de s¨¦curit¨¦ alimentaire, soulignant la n¨¦cessit¨¦ d’une aide externe pour les zones du pays assi¨¦g¨¦es et afflig¨¦es par la violence.
Pour accro?tre la production de bl¨¦ et d’autres c¨¦r¨¦ales, il recommande la fourniture de semences, d’engrais et autres intrants agricoles de qualit¨¦. Afin de renforcer la r¨¦silience des communaut¨¦s touch¨¦es, il invite ¨¤ soutenir la cr¨¦ation de centres de production et de distribution de semences priv¨¦s implant¨¦s dans les villages, de promouvoir les potagers et l’¨¦levage de basse-cour gr?ce ¨¤ la distribution de semences et de poulets am¨¦lior¨¦s, et de fournir des vaccins et des m¨¦dicaments v¨¦t¨¦rinaires.