Votre Altesse Royale le Grand-Duc, Votre Altesse Royale la Grande-Duchesse, Altesses Royales, Madame la maire de Biarritz, Excellences, Mesdames et Messieurs :
Nous nous réunissons ici ce soir pour montrer notre solidarité avec les survivantes et survivants de violences sexuelles vivant dans l’ombre de la guerre, et avec toutes celles et ceux qui travaillent pour les soutenir en première ligne, souvent au péril de leur vie.
Pourtant, nous savons qu’elles méritent plus que notre solidarité. Elles méritent une action efficace pour les aider à reconstruire des vies, redonner des moyens de subsistance, et pour empêcher la récidive de ces atrocités, une fois pour toutes.
L’utilisation du viol comme tactique de guerre, de torture, de terreur et de répression politique est un sujet difficile, voire dangereux à affronter ouvertement. Tout au long de l’histoire, c’est le crime de guerre qu’aucun dirigeant mondial n’a voulu combattre. Enveloppée dans le silence, la violence sexuelle est ainsi devenue « l’arme secrète » ultime de la guerre.
Je salue le courage de Son Altesse Royale la Grande-Duchesse Maria Teresa qui a exprimé haut et fort l’horreur du fait que le corps des femmes et des filles soit utilisé en tant que champ de bataille. En 2019, chère Maria, le lancement de votre initiative « Stand, Speak, Rise Up! » a fourni une plateforme puissante pour amplifier la voix des survivantes et des survivants et mettre fin à la conspiration du silence qui protège les auteurs.
Cette initiative fait le pont entre plaidoyer et actions concrètes de terrain en soutenant des projets cruciaux dans certaines des régions les plus reculées et les plus instables de la planète. En Somalie par exemple, la Fondation du Grand-Duc et de la Grande-Duchesse a financé un projet soutenant plus de 40 victimes, par le biais de formations professionnelles et d’opportunités génératrices de revenus qui a transformé leur vie et celle de leur famille.
Pour ma part, en tant que Représentante spéciale des Nations Unies sur la violence sexuelle liée aux conflits – un mandat établi par l’organe suprême de paix et de sécurité au niveau mondial, le Conseil de sécurité des Nations Unies – c’est un privilège de compter Son Altesse Royale parmi mes partenaires stratégiques et mes ‘Champions mondiaux pour la lutte contre les violences sexuelles liées aux conflits’, qui travaillent à convertir l’horreur en guérison et en espoir.
Que ce soit dans mon plaidoyer politique auprès des dirigeants mondiaux et des parties aux conflits armés, ou au cours de mes visites de terrain, notamment dans les camps de réfugiés, les survivantes ont toujours représenté la boussole morale de mon action. Je suis guidée par leurs priorités. L’une d’entre elles, qui revient systématiquement, est le besoin d’autonomisation économique. J’ai pu constater moi-même à quel point le soutien économique favorise l’autosuffisance, l’estime de soi et la résilience. Cela permet de réduire la vulnérabilité des femmes face aux divers facteurs de risques et renforce leur position au sein de leur communauté.
Pour mobiliser des ressources à la hauteur de l’enjeu, nous continuons d’élargir le cercle des alliés, notamment en collaborant depuis peu avec le secteur privé. Mon Bureau s’emploie par ailleurs à convertir la culture globale d’impunité en culture de dissuasion. Trop souvent, à la suite d’une guerre, les auteurs de violences restent libres, tandis que les survivantes marchent dans la peur et la honte. Nous avons également lancé le mois dernier un nouveau Cadre de prévention au niveau global, reconnaissant que la violence sexuelle, même en pleine guerre, doit être prévenue, et ne constitue ni une conséquence inévitable ni un dommage collatéral de la guerre.
Mesdames et Messieurs,
En cette période de grande turbulence mondiale, les événements qui se déroulent en Ukraine, en Afghanistan, au Myanmar, en Éthiopie et ailleurs nous rappellent que chaque nouvelle vague de guerre entraîne une marée de tragédies humaines. Nous ne pouvons pas choisir l’époque dans laquelle nous vivons, mais nous pouvons choisir comment y répondre en « nous opposant, en parlant et nous soulevant » [« stand, speak and rise up »] face à l’inhumanité et à l’injustice. En Afghanistan, les femmes ont été rayées de la vie publique, exclues de l’éducation et plongées dans la pauvreté. Les représailles à l’encontre des défenseurs des droits des femmes, des militantes et des journalistes, ont considérablement augmenté.
Relevons le défi de notre temps, en veillant à ce qu’aucun chef militaire ou politique ne puisse revenir sur les droits des femmes. Inspirons-nous de la passion et de la compassion dont fait preuve Son Altesse Royale en accordant la priorité aux survivantes et en prouvant que le droit international n’est pas une vaine promesse. Et reléguons enfin aux livres d’histoire le crime des violences sexuelles liées aux conflits, qui n’a pas sa place dans le monde moderne.
Merci.