La très honorable Michaëlle Jean, 27e gouverneure générale du Canada et chancelier émérite de l’Université d’Ottawa,

L’honorable Michèle Audette, sénatrice, Sénat du Canada,

Monsieur Jacques Frémont, recteur et vice-chancelier de l’Université d’Ottawa,

Madame Jacqueline O’Neill, ambassadrice pour les femmes, la paix, et la sécurité, affaires mondiales Canada,

Vices-rectrices et vice-recteurs,

Madame Annick Bergeron, secrétaire-générale,

Doyennes et doyens,

Membres du Sénat et du Bureau des gouverneurs,

Membres du corps professoral,

Distingués invités,

Mesdames et messieurs,

Je tiens d’abord à remercier l’Université d’Ottawa de m’accorder cet honneur extraordinaire. Ce doctorat honorifique est pour moi une très grande source de fierté, et je suis extrêmement reconnaissante à l’Université de me donner ainsi l’occasion d’être avec vous aujourd’hui et de pouvoir vous adresser la parole.

Il y a 44 ans, en 1978, lorsque j’ai quitté pour la première fois, mon pays natal, la toute petite Île Maurice pour aller étudier le droit à Londres, je n’aurais jamais imaginé être ici aujourd’hui pour recevoir ce prix prestigieux en reconnaissance de mon travail sur les droits des femmes, la justice sociale et les droits liés au genre.

What I recall vividly is my father telling me that my future was in my hands and reminding me of a saying he had often used before, namely that: “when you go to the stream to fetch water, your bucket will only be filled with the water that is yours. No one can take the water that is destined for you. Life will give you what you deserve, nothing more and nothing less.  But first you must yourself walk to the stream, bend down and dip your bucket into the flowing stream of life”.  In addition to my feminist father, my maternal grandmother, a very strong woman, who was running a flourishing saree business, was a source of great inspiration to me. She always uplifted me by telling me that I was braver than I believe, stronger than I seem, and smarter than I think. She would ask me to “dream big because all dreams are within reach”. What my grandmother and my dad told me 44 years ago resonates today more than ever before, as I realize that I didn’t get here by wishing for it, but by working for it.

C’est ainsi que j’ai fini par mener une double carrière, en pratiquant d’une part le droit des sociétés pendant 35 ans, tout en faisant vivre par ailleurs ma passion pour les droits humains des femmes et la promotion de l’égalité des sexes, avec un accent sur la question Femmes, Paix et Sécurité. Au niveau national, parallèlement à mon activité d’avocats pour le moins florissante, j’ai créé une ONG, Women’s Legal Action Watch, que j’ai dirigée pendant plusieurs années. J’ai également présidé pour le compte du gouvernement, plusieurs Comités portant sur la réforme des lois discriminatoires à l’égard des femmes, sur les lois relatives à la protection des enfants et la réforme du système de justice familiale. Conformément à mes recommandations de réforme législative, j’ai rédigé toutes les lois pertinentes y compris pour la création d’un tribunal dédié aux affaires familiales. Au niveau régional, j’ai siégé pendant 9 ans au Comité Exécutif du WILDAF (Femmes, Droit et Développement en Afrique), ainsi qu’au Centre Africain d’Etudes sur la Démocratie et les Droits Humains, deux grandes organisations panafricaines de défense des droits humains. Sur le plan international, j’ai siégé pendant 16 ans en tant qu’experte indépendante au sein du Comité des Nations Unies pour l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW). J’ai aussi été consultante pour plusieurs organisations internationales, comme la Commission Internationale de Juristes; l’Union Interparlementaire et l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie entre autres.

My father passed away in 1991 and I met late President Nelson Mandela in 1997 in Durban at the launch of an All Africa Human Rights Education Program. I must confess that my life has been greatly enriched and inspired by Nelson Mandela who was not only South Africa’s most beloved statesman but has also been widely regarded as the world’s moral compass. When I started focusing on issues of Women, Peace and Security, I felt inspired by Nelson Mandela, who said: “After climbing a great hill, one only finds that there are many more hills to climb”. Similarly, when I took on my current position as United Nations Special Representative on Sexual Violence in Conflict in 2017, I thought of Nelson Mandela who said that: “Everyone can rise above their circumstances and achieve success if they are dedicated and passionate about what they do”.

My work over the past five years has taken me to some of the poorest, and most perilous, places on earth. From South Sudan to the Democratic Republic of the Congo, Central African Republic, Iraq, Nigeria, Somalia, Mali, Myanmar, and elsewhere, I have met countless courageous women who are waging peace, even in the midst of war. I have held in my arms the children born of wartime rape, who are condemned to live in the shadows of society. My message to those who believe that “might makes right” has been clear and consistent: no military or political leader is above the law, and no woman or girl is beneath the scope of its protection.

I do not believe that this honour has been given to me only in recognition of my past work. Rather, I see it as a wakeup call – a call to action to do more for humanity, especially at a time when conflict-related sexual violence is again in our daily headlines and its unabated brutality on 21st century battlefields continues to shock the collective conscience of humanity. We are living through a time of massive global turbulence, marked by multiple, cascading crises, increased militarization, and the highest number of violent conflicts since 1945, including an epidemic of coups, which have turned back the clock on women’s rights. Despite decades of normative progress, and clear evidence that gender equality offers a path to sustainable peace, social stability, and conflict prevention, we are moving in the opposite direction. Today’s political deadlocks and entrenched conflicts are just the latest examples of how enduring exclusion and patriarchy are continuing to fail us. In several countries, extremists and military actors have seized power by force, cancelling previous commitments on gender equality and persecuting women for speaking up or simply going about their daily lives. The most extreme expression of this oppression is in Afghanistan, where the Taliban have appointed a government of men, closed girls’ schools, banned women from showing their faces in public, and restricted their right to even leave their own homes. Nearly 20 million Afghan women and girls are being silenced and erased from sight. Afghanistan went overnight from having 28 percent female representation in parliament to zero and from four million girls in school to banning girls’ secondary education. L’Afghanistan n’est pas le seul endroit où nous observons une régression de la situation des femmes, des espoirs déçus, des réformes constamment retardées, des quotas non respectés et une violence sexiste continue à l’égard des femmes. Dans la plupart des conflits, les hommes sont au pouvoir. Les femmes sont exclues des sphères décisionnelles. Leurs droits et leurs libertés sont niés. Leur autonomie leur est volée et leur voix sont étouffées.

Plus que jamais, l’Agenda Femmes, Paix et Sécurité exige à la fois notre engagement individuel et notre action collective. Je suis plus motivée et inspirée que jamais par le refus d’un retour en arrière clairement exprimé aussi bien par le mouvement féministe mondial que par le système des Nations Unies que je représente fièrement aujourd’hui.

Dans de nombreux pays touchés par des conflits, les femmes sont au premier rang des protestations contre les dirigeants autoritaires, fermes dans leur combat contre des règlements politiques qui ne garantiraient pas leurs droits. Dans certains d’entre eux, elles remportent encore des victoires, elles parviennent à faire adopter des lois plus égalitaires et obtiennent parfois des progrès considérables dans la représentation des femmes au plus hauts niveau et dans les prises de décision.

L’agenda Femmes, Paix et Sécurité que je travaille chaque jour à mettre en œuvre aux Nations Unies n’est pas seulement une réponse aux torts historiques et à la marginalisation, mais une opportunité de faire les choses différemment. Lorsque nous ouvrons la porte à l’inclusion et à la participation, nous faisons un pas de géant vers la prévention des conflits, la consolidation de la paix et un développement durable qui ne laisse personne de côté. Pour les pays qui sortent des horreurs d’un conflit, l’égalité des sexes ne doit pas être considérée comme une menace, mais comme une source de force, un point d’ancrage pour la paix et la stabilité dans des régions du monde qui n’en ont que trop peu vu, et le point de ralliement pour un avenir meilleur et plus radieux.

Je voudrais conclure en disant que j’espère vraiment pouvoir continuer à être un porte-drapeau digne, tant pour la promotion de l’égalité des sexes que pour l’agenda Femmes, Paix et Sécurité – les deux causes qui me tiennent le plus à cœur. Je continuerai à travailler sans relâche pour transformer les aspirations des femmes en obligations légales et les déclarations politiques en résultats concrets.

C’est avec une profonde gratitude et humilité que j’accepte ce grand honneur, ce prestigieux doctorat honorifique.

Merci.